Jura Pellets, une usine de granulés de bois à la pointe de la qualité et des bonnes pratiques

Article paru dans le Bioénergie International n°89 de janvier 2024

Jura Pellets, la nouvelle usine de granulés adossée à la scierie Chauvin de Mignovillard, photo Jeremy Hugues-dit-Ciles

L’usine Jura Pellets a ouvert ses portes en juin 2023 en plein cœur du massif du Jura, dans un cadre grandiose, sur la commune de Mignovillard, entre Champagnole et Pontarlier. Adossée à la scierie Chauvin Frères, elle fabrique des granulés de très grande qualité en circuit extra-court.

Une entreprise familiale qui va avoir 100 ans

Fondée en 1925, la scierie Chauvin est ancrée depuis quatre générations dans le terroir et l’économie du Jura. Près d’un siècle d’innovation, de savoir-faire et de dur labeur lui a permis, avec 130 000 m³ de sciage annuel, de devenir le leader français de la transformation de résineux d’altitude. Le prélèvement des sapins et des épicéas est en effet réalisé exclusivement dans des forêts situées entre 700 et 1300 m d’altitude.

Stéphane et Fabrice Chauvin, photo Scierie Chauvin

Dès 2014, dans l’esprit de Stéphane et Fabrice Chauvin, germe le projet de valoriser les produits connexes sur place, en circuit court, directement sur le site de la scierie. En 2023, porté par une demande forte, le projet voit le jour. Et comme Jura Pellets fait partie intégrante de la scierie Chauvin, la nouvelle activité bénéficie de sa notoriété et de son image, faisant sienne sa détermination à maintenir la qualité de ses produits et services.

Et Fabrice Chauvin d’ajouter : « Par amour du bois, cette production de granulés est plus qu’un métier, c’est une fierté : celle de valoriser sur place la totalité de notre matière première connexe en y apportant le plus possible de plus-value et en ne laissant aucun coproduit non valorisé ».

Une empreinte carbone faible

L’achat des grumes se fait dans un rayon de 100 kilomètres autour de la scierie. Engagée dans une gestion durable des forêts et attentive à son impact environnemental, la scierie Chauvin cherchait à valoriser intégralement sur place ses produits connexes. Avant la mise en place de la production de granulés, les produits connexes écorcés étaient transportés par la route à plus de 200 kilomètres pour des valorisations en papier ou panneaux de particules.

L’achat des grumes se fait dans un rayon de 100 kilomètres autour de la scierie, photo Frédéric Douard

Aujourd’hui, l’intégralité est transformée sur place en granulés. Plus secs et vendus localement, la transformation en granulés réduit considérablement l’empreinte carbone de la valorisation des connexes. De même pour la chaleur utilisée pour sécher les sciages et la matière à granuler, elle est produite à partir des écorces des grumes sciées sur place ou de celles des scieries partenaires toutes situées dans un rayon maximum de 50 km.

Un granulé local de haute qualité

Les granulés sous la marque de l’entreprise, photo Jura Pellets

Jura Pellets produit exclusivement du granulé de classe A1 tel que défini dans la norme ISO 17225-2, mais avec un niveau d’exigence encore plus strict que celui de la norme. Sa production répond en effet à la certification Din+ qui a durci son cahier des charges fin 2021, c’est-à-dire avec moins de 0,6 % de minéraux et une durabilité de plus de 98 %. L’entreprise parvient même à faire encore mieux que ces exigences avec moins de 0,4 % de minéraux et une durabilité de plus de 98,5 % ! Ce niveau de qualité ouvre toute grande la porte du marché des poêles à granulés, les appareils les plus sensibles à la qualité de ce combustible. Pour atteindre ce niveau de qualité, Jura Pellets profite de l’extrême exigence de la scierie Chauvin qui est très attentive à la qualité de son bois, de ses sciages, et aussi de ses produits connexes. À chaque chargement, des contrôles sont effectués et des échantillons sont prélevés pour assurer la traçabilité et la conformité de la production. Et à aucun endroit, de la scierie ou de l’usine de granulés, les matières premières à granuler ne sont mises au sol, de manière à n’y introduire aucune pollution minérale qui pourrait faire monter le taux de cendre des pellets, le premier ennemi des poêles à granulés.

L’un des quatre silos à granulés de Jura Pellets, photo Frédéric Douard

Les granulés Jura Pellets sont fabriqués à 75 % à partir de la sciure et des chutes de sciage résultant de l’activité de la scierie. Et pour assurer la totalité de sa production de 70 000 tonnes par an, la scierie collecte le complément dans quelques scieries partenaires du massif du Jura.

Un héritage historique régional

L’objectif premier de Jura Pellets est de servir le marché local qui est important. Le Jura, et plus largement la Bourgogne-Franche-Comté, est en effet une région pionnière pour le chauffage au granulé de bois en France. Dans les années 1980, la région comptait déjà trois usines de granulés (Cogra Doubs-25, Cengrador-21 et Fontaine des Auges-39). Aujourd’hui encore, la plus ancienne usine spécifiquement de granulés de bois de France est située à Arc-sous-Cicon près de Pontarlier et est en activité depuis 1980. Cet établissement pionnier, qui a connu quatre propriétaires depuis sa création, et qui a aussi à chaque fois changé de nom (Cogra Doubs, puis Bois Énergie de Franche-Comté, puis Sofag et aujourd’hui Alliance Pellets) a ainsi participé à initier une dynamique de consommation de granulés en Bourgogne-Franche-Comté depuis plus de 40 ans. En effet, à une époque où les chaudières domestiques à granulés n’existaient pas encore, la société Bois Énergie de Franche-Comté produisait elle-même des brûleurs à granulés qu’elle installait chez ses clients, sur des chaudières à bois ou à fioul, afin qu’ils puissent consommer sa production. Cette démarche encouragera quelques années plus tard le constructeur de chaudières à bois La Jurassienne à Champagnole, à produire les premières chaudières à granulés compactes de France, à une époque où les grands constructeurs autrichiens aujourd’hui renommés faisaient eux aussi leurs premiers pas.

La devanture de Jura Pellets, photo Frédéric Douard

Il résulte de cette longue histoire du granulé de bois en Bourgogne-Franche-Comté, que le marché local est particulièrement dynamique, dopé dès 1998 par le salon Bois Énergie qui se tenait à Lons-le-Saunier, et qui a notamment contribué à diffuser l’usage du poêle à granulé. Aujourd’hui, la région compte non moins de 15 producteurs de granulés de bois en activité et quatre nouveaux projets en bonne voie.

Les deux camions de distribution de granulés de Jura Pellets équipés par TRANMANUT, photo Frédéric Douard

Donc, pour répondre à une demande locale qui n’a cessé de croître, Jura Pellets s’est équipé d’un camion souffleur Transmanut afin de livrer les professionnels et les particuliers dans un rayon de 60 à 80 kilomètres autour du site de production, et un deuxième est déjà en commande. Pour le marché du poêle, l’entreprise dispose également d’un camion plateau avec chariot embarqué également Transmanut pour livrer les palettes à domicile ou chez les revendeurs locaux.

Un site de production modèle

Les investissements de granulation de Jura Pellets se montent à 28 M€. Leur conception technique a été confiée au bureau d’études allemand BSR Engineering, qui a déjà réalisé en France les unités de granulation de Siat-Braun à Urmatt en Alsace et de Lorraine Pellets à Saulxures-sur-Moselotte dans les Vosges. La fourniture des équipements de préparation de la matière, de granulation et de séchage, a quant à elle été assurée par l’entreprise André Technologies, spécialisée dans l’équipement des scieries, et qui a réalisé de nombreuses usines de granulés dans les grandes scieries françaises.

Henry et Lionel ANDRE, les fournisseurs des équipements de Jura Pellets, photo Frédéric Douard

L’ensemble des sciures et des plaquettes produites par la scierie est conduit directement vers l’usine de granulés accolée. Ces produits, ainsi que ceux qui arrivent de l’extérieur, soit au total 130 000 tonnes par an, passent tous dans un crible vibrant, qui en extrait les éventuels surlongueurs et corps étrangers. La fosse de livraison des produits extérieurs peut accueillir trois camions à fond mouvant par heure.

Crible Rudnick & Enners à la réception des matières premières, photo Frédéric Douard

Une fois vérifiées, ces matières rejoignent deux silos en béton de 1800 m3 chacun : ils font office de tampon avec une production en 3 × 8 h en semaine, ce qui permet de fonctionner la nuit et les week-ends en absence d’activité de la scierie ou de livraisons. La matière y est reprise par des vis planétaires et est dirigée vers un deuxième crible qui sépare trois fractions : la sciure qui rejoint directement un silo béton de 1500 m3 pour la matière humide, et qui sert de tampon avant l’opération de séchage ; les grosses fractions qui sont destinées à la chaudière ; et les plaquettes qui passent dans un affineur à fléaux d’une capacité de 70 m3/h avant de rejoindre également le silo de matière humide.

Les différents silos de stockage de la matière première en cours de préparation, photo Frédéric Douard

La matière humide rejoint ensuite un séchoir à bande à basse température d’une capacité de 13 tonnes sèches à l’heure. Ce séchoir dispose, dans un souci d’efficacité énergétique, d’un dispositif de recyclage de l’air chaud et humide rejeté, et qui permet de condenser plus de la moitié de l’eau vaporisée pour en récupérer la chaleur latente avant rejet dans l’atmosphère, réduisant ainsi la consommation de chaleur à moins de 0,5 MWh/tonne séchée.

Hall de stockage et silo à combustible pour la chaudière, photo Frédéric Douard

En sortie de séchoir, la matière sèche séjourne dans un silo tampon de 1800 m3 avant un nouvel affinage dans la fraction de granulation, une opération réalisée dans le local de granulation. En sortie d’affineur sec, la matière est réhumidifiée avec une partie de l’eau condensée dans le séchoir, à l’humidité précise demandée pour le processus de granulation. Elle est ensuite mélangée et rejoint les trémies de dosage des deux presses de 6 tonnes/h.

Le broyeur sec à gauche et les deux presses à granuler, photo Frédéric Douard

Les granulés, une fois refroidis, sont stockés dans quatre silos métalliques fournis par le constructeur français Privé, d’une capacité unitaire de 1500 tonnes. Ces silos contiennent la production de trois semaines. Ils font le tampon avec la ligne d’ensachage et les livraisons de vrac effectuées depuis un boisseau de chargement situé au pied des silos.

Le bâtiment de stockage des granulés ensachés, photo Jura Pellets

La ligne d’ensachage, qui fonctionne uniquement en journée et en semaine, a une capacité de 20 tonnes/h. Les palettes de sacs sont stockées dans un magnifique hall à charpente en lamellé-collé d’une capacité de 6000 tonnes. Les granulés sont ensachés dans la marque Jura Pellets mais aussi sous différentes marques de distributeurs nationaux, aussi pour fournir le marché régional.

Hall de stockage et silo à combustible, photo Frédéric Douard

Pour la production de la chaleur de séchage, l’entreprise consomme les écorces de la scierie dans une chaudière à biomasse de 10 MW. La scierie possédait déjà une chaudière Urbas de 3 MW depuis 2009 pour le séchage de ses sciages. Elle est actuellement arrêtée, car la nouvelle est dimensionnée pour tout alimenter, mais est conservée en secours pour les séchoirs en cas de besoin. Satisfaits de ce premier équipement, les dirigeants de la scierie ont également retenu cette marque pour l’usine de granulés. La chaudière Urbas de 10 MW consomme ainsi les écorces de la scierie, ainsi que celles de scieries voisines partenaires. Ces écorces sont utilisées brutes par la chaudière.

La chaudière Urbas de 10 MW pour le séchage de la matière première, photo Frédéric Douard

Par ailleurs, une ligne de broyage a été installée pour transformer les chutes du parc à grumes et si besoin du bois de trituration en plaquettes à destination à la chaudière ou de la granulation. C’est la société Rudnick & Enners qui a fourni la totalité des systèmes de convoyage, de broyage, de criblage et d’extraction de silos de toute l’usine de granulation.

Broyeur Rudnick & Enners pour le combustible chaudière, photo Frédéric Douard

L’ensacheuse de Jura Pellets, photo Frédéric Douard

Contacts :

Frédéric Douard, en reportage à Mignovillard

Les 4 silos à granulés Privé chez Jura Pellets, photo Frédéric Douard

Voir également cette courte vidéo réalisée pour le fournisseur Rudnick & Enners : 

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